
Opérationnel en 1956, Marcoule fut l'un des premiers sites nucléaires français. Il vit naître les premiers réacteurs nucléaires à usage militaire que furent G1, G2 et G3. L'objectif était d'engager des recherches militaro-scientifiques en vue de la fabrication de la première bombe atomique française, voulue par le Général de Gaulle dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Marcoule était un nom et un lieu relativement inconnu du grand public jusqu'au 12 septembre dernier, où une explosion, dite industrielle, fit 1 mort et 4 blessés sur ce site actuellement en déconstruction. Mon grand-père Maurice Gervais de Rouville en fut le premier directeur, à l'âge de 35 ans. Dès lors, pendant 14 ans il eut sous son autorité quelques milliers d'hommes et de femmes dont le but commun était de doter la France d’une force de dissuasion nucléaire, au même titre que les États-Unis, la Russie ou la Grande-Bretagne.
La curiosité est à l’origine de ce film. Ces histoires politico-historiques me fascinent, et je n’avais qu’une envie : que mon grand-père me les raconte. Qu’il se souvienne et qu’il partage avec moi ce qu’avait pu être sa vie pendant ces années-là, dans la phase ascendante de sa carrière. Seulement, une fois arrivé chez lui, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Il avait vieilli... et sa mémoire aussi. Je ne me rendais pas compte que ce que j’espérais de lui, pendant ces 5 jours de prise de vues, n’était sans doute plus possible.
Laylayé, novembre 2010 rassemble des moments de vie récents et les derniers instants de lucidité de cet homme qui fit face autrefois à de grandes responsabilités. Sa mémoire fuyante, autant que les innombrables pendules dont on ne cesse d'entendre le mécanisme, rappellent le temps qui passe, destructeur… et aussi son irréversible condition d'homme mortel contre laquelle il ne peut plus lutter. De par son grand âge, il se voit considérablement diminué et fragile. Sa femme Denyse est là, à ses côtés. Elle apparaît désormais comme une aide relativement discrète mais précieuse, sans laquelle il ne pourrait survivre. À Laylayé, au cœur de ce cocon doré qui apparaît tel un décor de théâtre, les journées s’étirent au rythme des repas, des journaux, de leurs émissions de radio préférées… Le reste n'est que silence. Au milieu de celui-ci, quelques confidences voient le jour.









